lundi 14 juin 2010

Here comes the sun...

Enfin, le soleil est là, et on espère qu'il va rester un moment. Ces dernières semaines ont été plutôt pluvieuses et pas vraiment printanières, mais ce week-end nous avons eu un vrai soleil d'été....et en avons bien profité.

Samedi je suis d'abord allée retrouver Céline à la Pacifique Cinémathèque, pour une projection gratuite de Casablanca, à l'occasion d'une journée portes ouvertes. C'est la première fois que je vais à la Cinémathèque, et j'ai découvert qu'ils avaient une programmation vraiment alléchante, dont un cycle complet Kurosawa à partir de cette semaine, rétrospective des 30 films du réalisateur japonais à l'occasion des 100 ans de sa naissance.


Après la séance, nous sommes allées...à la plage sur English-Bay. C'est marrant comme la plage est différente de ce côté du pont: en bordure du centre ville, des trottoirs bordés de palmiers, il y a une petite ambiance Californie alors que Kitsilano est beaucoup plus familiale...et calme.

Après ce petit bain de soleil nous avons retrouvé nos hommes chez Marie et Guillaume, pour un barbecue sur leur terrasse. Clotilde et Pau étaient partis en vadrouille dans l'Okanagan, mais nous avions avec nous Émilie et Vincent.



Émilie est une amie de belge de Brice qui nous avait hébergés lors de notre passage à Bruxelles l'année dernière (une des première étape de notre tour d'Europe). Vinz, qui plutôt doué avec une guitare (c'est rien de le dire) nous a fait un petit concert privé, mix entre des reprises et des compositions persos...



Dimanche, nous avons passé la majeure partie de la journée avec Trish et Andrew (et leur petite Olivia). Après un footing de 10km autour de Stanley Park (pour Brice et Trish uniquement) et un brunch au Milestone de English-Bay (qui ne propose même pas de pancakes, un vrai scandale...heureusement que leur "Californian Eggs Benedicts", avec crevettes et salade d'avocats sont bons), nous avons remis ça l'après-midi avec détente dans notre parc favori à côté de la maison puis "chocolate cheesecake" dans le patio isolé de....je garde le secret, je ne veux pas révéler cette nouvelle adresse à nos camarades locaux qui risqueraient de s'y précipiter !...

Pour finir en beauté ce week-end façon vacances en bord de mer (en même temps à Vancouver c'est tous les week-end vacances en bord de mer...et certains jours de semaine aussi...), nous sommes aller prendre un apéro chez Charlotte et Piers (cherchez pas, ce sont des nouveaux ceux-là), sur leur roof terrasse avec vue sur la mer...
Pas dégeu.






Et voici en bonus une petite vidéo de notre copain Vinz sur le terrasse de Marie et Guillaume, qui n'est qu'un bref aperçu de son talent, mais une preuve certaine de son sex-appeal si on en croit les cris des fans... (au passage, vous noterez la petite voix de Brice qui fait les chœurs sur le refrain).

MOA...

Mercredi dernier je suis allée au Musée d'Anthropologie avec Clotilde et sa cousine, Anne, de passage à Vancouver. Le "MOA" est situé dans l'ouest de la ville, de l'autre côté de UBC (juste au-dessus de Wreck Beach).
Dans la salle principale, toute vitrée, sont exposés d'anciens totems de tribus locales. Le reste de l'exposition permanente consiste en une collection assez dense d'artefacts provenant des quatre coins du monde, artisanat allant des costumes de cérémonie aux bijoux, aux objets du quotidien, statuettes,etc...En tout, ce sont 36 000 objets ethnographiques et 535 000 objets archéologiques qui sont entreposés par le Musée pour la recherche, l'éducation et la conservation - toutes proportions gardées, c'est un peu le Musée du Quai Branly local...



Le Musée propose aussi des expositions temporaires. Cette-fois il s'agissait d'une expo d'art contemporain par 12 artistes internationaux autour du thème des frontières.

Nous avons également pu admirer le superbe Raven and the First Man, une sculpture de l'artiste local Bill Reid (1920-1998). La sculpture est inspirée de la culture Haida, tribu première nation dont la mère de Reid était descendante, et du mythe de la création selon lequel le premier homme serait sorti d'une palourde qu'un corbeau aurait péchée et ouverte.



Bill Reid est un des artistes Première Nation les plus connus au Canada. Bien que "indien" par sa mère seulement, il a passé sa vie à honorer la culture Haida en participant à la préservation des artefacts anciens, et en faisant perdurer les traditions et la mythologie de la tribu à travers son travail. Il a démarré sa carrière comme joaillier, se spécialisant dans les bijoux en or et argent inspirés de la culture Haida. Il s'est ensuite dirigé vers la sculpture et des œuvres d'art de taille plus importante en bronze et cèdre rouge.
Son oeuvre la plus remarquable est intitulée Spirit of Haida Gwaii et se compose de trois sculptures : les deux premières représentent un canoë rempli d'hommes et d'animaux et sont exposées respectivement à l'ambassade du Canada à Washington et à l'aéroport international de Vancouver. La troisième représente un orque jaillissant hors de l'eau et trône à l'entrée de l'aquarium de Vancouver.

L'œuvre de Bill Reid est représentée sur les billets de $20 édités depuis 2004


la galerie vitrée et la vue sur les montagnes à l'arrière du musée






Le soir je suis passée rapidement chez Raw Canvas et j'ai pu admirer la toute dernière œuvre de notre artiste local, Yared:


mardi 8 juin 2010

Mr. Clean's New Windows

1 an...Il aura fallu 1 an aux propriétaires pour se décider à changer les fenêtres "toutes pourrites" de notre appartement. Et encore, c'est parce qu'on a demandé ! Ils ont changé les fenêtre chez nous, mais les autres de l'immeuble (qui sont fort probablement dans le même état) demeurent.

Petit flash-back pour voir l'étendue des dégâts:



Bon, c'est pas si pire, me direz-vous...attendez, en close-up voilà ce que ça donne:


hum. quelques bonnes années d'humidité et de moisissures...Bon là ça tenait encore, mais à terme voilà ce qui risquait d'arriver:



Et dans la cuisine, en plus de ça, on avait droit à une fenêtre "guillotine-style" puisque plus rien ne l'empêchait de retomber à tout moment:



Donc depuis plusieurs mois on avait régulièrement droit à la visite de gentils "contractors", chaque fois différents, qui venaient prendre des mesures, une fois, deux fois, et puis plus rien pendant des semaines.
Finalement, un beau matin, c'est arrivé. Ils nous ont changé nos fenêtres. Enfin, ils sont venus, ils ont tout enlevé et remplacé par du plastique et ils sont repartis....10 jours.
Et un autre beau matin, quand même, ils sont revenus, et là ça y'est on a des belles fenêtre toutes neuves en pvc, double vitrage et tout et tout...

Brice était en joie, depuis le temps qu'il rêvait de faire les vitres...


SuperBrice est venu sans sa cape...


...mais pas sans son super-chiffon :P

Pas mal ce petit balcon improvisé, je me demande si un barbec tiendrait dessus...De toute façon, au rythme ou ils bossent ici, on va pouvoir en profiter tout l'été avant qu'ils viennent le retirer...


Wild Party's Party...

La semaine dernière, nous sommes allés à la représentation de "The Wild Party", comédie musicale sur laquelle Mélanie a travaillé il y a quelques mois.
Je ne vais pas m'étendre sur les performances des acteurs/chanteurs car, à part 2 ou 3 qui sortent du lot (sur une douzaine de comédiens), il n'y avait rien de bouleversant.
La mise en scène était tout de même assez bien réussie et finalement l'impression générale en sortant du show était assez positive. Nous avons passé une bonne soirée.
Mais ce qui nous intéresse ici, ce n'est pas la représentation de mardi, à laquelle nous avons assisté, mais la soirée après la représentation du vendredi, pour célébrer la dernière.
Au programme, danseuses "burlesque", jongleurs, chanteurs, puis un D.J a pris le relais pour nous faire danser jusqu'à 3H00 du matin. (la soirée commençait à 23H30)
Nos lecteurs fans de la série "V" version 2010 (je ne sais pas si on peut vraiment être fan de cette série mais bon...) reconnaîtront peut-être Christopher Shyer qui était le metteur en scène de "The Wild Party" et qui joue un des "V" dans la série aux lézards.

Cliquez sur la photo pour afficher la jolie galerie.

samedi 5 juin 2010

Butt Ugly...

Dans la catégorie des animaux qui traînent près de chez nous, je vous présente le petit oiseau tombé de son nid au studio photo.
Il avait pas la forme quand on la récupéré, mais après quelques heures de repos de l'eau et un peu de muffin à la banane, il faisait vachement de bruit dans le studio le pépère.
On a essayé de le remettre dans son nid le soir et depuis on a plus de nouvelle.
De deux choses l'une, soit c'est un gros ingrat qui nous a fait le coup de la chute pour nous piquer un peu de chaleur, d'eau et de nourriture, soit il est mort.
À votre avis...?



jeudi 3 juin 2010

Squeaky, squeak, squeaker, squeakin'...

Il y a quelques temps nous avons eu la visite d'un petit écureuil sur le balcon...
Heureusement que Mélanie était la pour le prendre en photo.
On a essayé de lui donner des noisettes et il en a pas voulu, je pense que c'est un mythe moi le coup des noisettes, encore un subterfuge des mecs de Nutella pour nous amadouer ça...
Comme dirait le célèbre Kronk:
"I was a junior chipmunk, and I had to be versed in all the woodland creatures."
Ceux qui comprennent la référence ont tout mon respect. La famille Zaffran est bien entendu hors catégorie sur ce coup là...

mercredi 2 juin 2010

Sunday Paella

Dimanche dernier, Clotilde et Pau nous ont invité à venir déguster chez eux la première paella de la saison (et première paella Canadienne même).
En bon Catalan qui se respecte, Pau a préparé sa paella dans les règles de l'art. Ils étaient même allés à Seattle le week-end précédent pour acheter le brûleur au gaz spécial, qui permet de cuire uniformément le contenu de la paella.



Dimanche nous avons donc eu droit à une paella "montagne" (c'est-à dire à la volaille, à la différence de la paella "mer" qui contient poisson et crustacés).
Haricots verts, tomates, gésiers, foies et cœurs de poulet, ainsi que minis pilons et ailes, et gros haricots blancs dont le nom exact m'échappe...Le tout parsemé de branches de romarin.
Un vrai délice comme vous vous en doutez.



En plus de ça, on a passé un après-midi très agréable, malgré la pluie fine qui après l'apéro nous a obligés à déjeuner à l'intérieur. Pau et Clotilde ont un petit jardin à l'arrière et c'est marrant mais en enfourchant mon vélo j'avais l'impression d'aller déjeuner à la campagne. On a passé l'après-midi à table, à boire le café et grignoter des petits gâteaux espagnols...pour partir finalement à 20h30!

Il nous manquait plus que la tripotée de gamins courant à l'étage et qu'il faut arracher les uns aux autres au moment de partir
("non mais maman, on a pas fini le jeu-là
-On peut dormir ici, s'te plait !!!"
-ha bah non demain y'a école
-C'est pas juste !
-Bah oui mais c'est comme ça")

On s'y croirait pas vrai ? Bon pour les enfants qui courent partout va falloir attendre quelques années, mais la paella du dimanche, ça me plaît bien comme idée, faudra renouveler ça....

mercredi 26 mai 2010

Petits plaisirs sans importance...

1) La satisfaction de couper la bonne quantité de beurre en un seul morceau
(des années et des années de pratique)



2) La suprise de découvrir que le miroir acheté pour $20 sur Craigslist (et livré à domicile gratuitement par l'ancien propriétaire !) est exactement de la même couleur que le mur de notre chambre (sur la photo de l'annonce il avait l'air plus clair)....



Dommage que Brice aime pas le ton sur ton, il va falloir qu'on le repeigne...Des suggestions ?

dimanche 23 mai 2010

"Busing it" in Vancouver...

Comme je le disais dans un post récent, je prenais pas mal le bus en récemment pour me rendre au boulot. Les transports en commun, à Paris, on y avait échappé, ce qui était une vraie chance. Je crois qu'on aurait pas supporté aussi longtemps de se faire des 30-40 minutes de métro bondé pour se rendre au boulot et en revenir. Brice, ou qu'on soit, il aime pas le bus, il a le mal des transports. Mais ici quand même, rien à voir. J'avais 35-45 minutes de bus (aller) par jour et ça ne me dérangeait pas. Je pensais d'ailleurs faire un petit post à ce sujet. Donc voilà:

D'abord, une grande partie des bus à Vancouver est électrique. Ils sont reliés à des fils suspendus, qui ne sont certes pas très heureux dans le paysage, mais que finalement on fini par oublier.
L'avantage évidemment, c'est le côté écolo, pas de pot d’échappement nauséabonds et polluants.
Le désavantage, c'est que les bus ne peuvent pas se doubler, car leurs tiges les en empêche. Donc s'il y a un bus en panne, ou qui s'arrêtent à tous les stop pour prendre des passagers, le bus de derrière (qui n'est pas forcément le même numéro) est obligé d'attendre.
Ça arrive d'ailleurs que les bus "déraillent" et dans ce cas, le chauffeur enfile son petit gilet jaune fluo et sort avec sa tige façon velux pour raccrocher son bus.
Lorsqu'il y a des travaux sur la route, obligeant le bus à se décaler de plus d'une voie, il y a en général une personne des travaux qui s'occupe de le décrocher avant, et une autre pour le raccrocher après la zone de travaux (les bus ont une batteries qui leur permet quand même d'avancer pendant quelques kilomètres sans alimentation).



Ça c'est pour ceux qui s'intéressent à l'aspect technique....:P

Les bus à Vancouver, ils sont très bien pensés, et pour tous les types de passagers. Un système de suspension permet au chauffeur d'abaisser le niveau de son bus pour faciliter la montée des poussettes ou des personnes à mobilité réduite. Il y a une même une rampe qui se déplie au niveau de la porte avant et rend l'accès facile aux fauteuils roulants.
A l'intérieur, l'avant du bus est réservé en priorité aux fauteuils et poussettes, avec des sièges qui se relèvent pour faire de la place. Lorsque qu'un passager "à roulettes" monte dans le bus, le chauffeur lui demande toujours où il descend, et attend que les freins de la poussette/du fauteuil soient enclenchés avant de redémarrer.
Les bus sont même conçus pour les cyclistes: un rack pouvant accueillir 2 vélos se déplie sur le pare-choc avant. Idéal pour les bicycletteux fatigués ou qui préfèrent ne pas affronter une côte menaçante sur leur route.
Par contre, les gros chiens sont interdits dans le bus. Seuls les animaux de compagnie en cage sont acceptés (à l'exception des chiens pour aveugle)...


Il y a plusieurs types de bus. Ceux qui s'arrêtent tous les deux blocs (en général plutôt électriques), et les "express" qui parcourent des plus grandes distances et ne s'arrêtent que sur les gros croisements (ceux là tournent au diesel, mais sont de plus en plus hybrides diesel/électrique). A l'intérieur, tous les arrêts sont annoncés par une voix électronique suave, et affichés sur un écran digital. En revanche il n'y a pas de carte, ni à l'intérieur ni aux arrêts. Il vaut donc mieux savoir à l'avance où l'on va (le site de Translink, la compagnie des transports en communs de Vancouver, permet de trouver sans problème son itinéraire). Cependant les chauffeurs seront toujours heureux de vous renseigner et vous indiquer à quel arrêt descendre. Lorsque la belle voix électronique ou l'affichage ne fonctionne pas, j'ai même vu des chauffeurs annoncer chaque arrêt eux-mêmes (et suffisamment fort pour que les passagers à l'arrière l'entendent).

Les arrêts de bus ne sont pas toujours faciles à voir, mais une fois qu'on sait à quoi ils ressemblent, on les trouve sans mal. Il s'agit en général d'un poteau en métal avec un signe rectangulaire bleu et jaune. Pas d'horaires ni de carte, mais un numéro à 5 chiffres. Si on envoie ce numéro par texto au 33333, on reçoit dans les quelques secondes les horaires des prochains bus à passer. Et c'est un texto gratuit !



Les gens ici se plaignent que les bus sont souvent en retard et que les chauffeurs ne sont jamais sympa....Pour ce qui est du retard, j'ai rarement eu à attendre plus de 15 minutes, et le bus que je prenais le matin passe en général toutes les 7-8 minutes. Pour ce qui est des chauffeurs, je dirais au contraire qu'ils sont exceptionnellement gentils et souriants, par rapport aux transports en communs en France, ou en tout cas à Paris (enfin ça, c'est pas difficile).
Sur le tronçon East Hastings, que je traversais le matin, il y a beaucoup de SDF et de gens qui n'ont pas d'argent. S'ils demandent poliment, le chauffeur accepte 98% du temps de les transporter gratuitement. Par contre attention, s'ils essaient de tricher et de monter par la porte arrière, c'est dehors, faudra attendre le prochain...

Une autre différence, c'est qu'il n'y a pas de contrôleurs. Comme la montée est obligatoirement par la porte avant, c'est le chauffeur qui s'assure que les passagers ont un titre de transport. Contrairement à la France, il faut avoir l'appoint pour acheter un ticket à bord ($2.50), le chauffeur ne perd pas de temps à rendre la monnaie, c'est une machine qui délivre le ticket. D'ailleurs parfois la machine tombe en panne, et donc là, c'est "free ride" (transport gratuit). J'ai aussi vu des chauffeurs prendre volontairement des passagers gratuitement en fin de soirée ou la nuit...Si après ça on me dit que les chauffeurs Vancouverois sont pas sympa....

Une dernière différence, qui reflète tout à fait la mentalité du pays, c'est que très souvent, les passagers disent merci au chauffeur en descendant. Et même s'ils descendent par la porte arrière, il est très courant d'entendre un "Thank you driver !" à l'autre bout du bus, auquel le chauffeur répondra systématiquement par un "You're welcome"....

Downtown Eastside...

Ces dernières semaines, je travaillais dans un bureau de production situé près de Hastings et Victoria.
C'est un peu à l'autre bout de la ville, un peu loin pour que j'aie la motivation de faire le trajet à vélo tous les jours. Heureusement, le bus #10 qui passe sur Granville m'emmène directement à destination, en 30-40 minutes environ...Le bus remonte South Granville, traverse Downtown puis tourne à droite sur Hasting et file tout droit vers l'est.

Du coup ça me donne l'occasion de voir la population évoluer à mesure que le bus avance. Depuis mon arrêt jusqu'à Robson St, ce sont des "jeunes cadres dynamiques" qui vont au bureau dans les "highrise" de downtown. Je prenais le bus à 7h45, un peu avant l'heure de pointe, mais cette section du trajet est blindée entre 8h et 8h30. Après Robson, le bus se vide en général au 2/3 et puis la population change drastiquement sur Hastings St. A force de traverser ce quartier, qui n'est pas tant dangereux que profondément triste, j'ai eu envie de savoir ce qui a causé le déclin d'un quartier autrefois florissant jusqu'à en arriver là.

Hasting St, c'est un des axes Est-Ouest principaux dans la partie Nord de Vancouver. L'axe traverse cette partie de la ville appelée Downtown East Side, située plus ou moins entre Cambie à l'ouest et Clark à l'est. Au-delà de Clark, on entre dans East Vancouver.

Située juste au sud de Gastown, anciennement le quartier des scieries, Hastings St, était il y a 50 ans, le quartier commerçant le plus vivant de la ville. La foule de travailleurs y circulait largement grâce au réseau de tramway.

Les grands magasins Woodward's et Eaton's était situés sur Hastings jusqu'à la fin des années 1960. Mais en 1958, la ligne de tramway est arrêtée. La bibliothèque à l'angle de Main St et Hastings se déplace sur Burrard & Robson et de nombreux business suivent. Le résultat est une baisse de l'affluence quotidienne de près de 10 000 personnes !



Par ailleurs, les loyers augmentent dans les autres quartiers de la ville, rendant Downtown East Side le seul quartier abordable pour les foyers à faibles revenus.
A la fin des années 1960, le grand magasin Eaton se déplace dans le nouveau centre commercial Pacific Center, construit sur Granville St. Les commerces du quartier disparaissent donc les uns après les autres, se déplaçant plus au centre de Downtown, ou fermant carrément leurs portes.

La population du quartier se dégrade aussi lorsque dans les années 1970 des coupes budgétaires gouvernementales obligent les institutions psychiatriques de la régions à fermer, laissant littéralement à la rue leurs pensionnaires. Une nouvelle fois, les loyers de East Hastings sont les seuls que cette population "marginale" peut se permettre.

Une autre anecdote raconte que le Maire de Calgary en Alberta a un jour décidé d'offrir à tous les SDF de sa ville un billet de train aller-simple pour Vancouver, avec pour argument:
"Calgary en hiver, il fait -20, à Vancouver il fait +10..."
Argument plutôt convaincant quand on vit dans la rue, à la merci des intempéries...



Et puis, comme beaucoup de villes portuaires, Vancouver est une plaque tournante pour le trafic de drogue. Les problèmes de la drogue et de la prostitution augmentent rapidement dans les années 1980, et c'est aujourd'hui l'aspect le plus frappant de cette zone, connue à travers le pays comme le "code postal le plus pauvre du Canada".



Comme je le disais plus haut, le quartier n'est pas un coupe gorge, on peut s'y déplacer en journée ou même le soir sans se problème. Il y a d'ailleurs de nombreuses patrouilles de police qui veillent, surtout sur les rixes pouvant survenir entre junkies ou prostituées qui se battent pour leur coin de trottoir. En tant que "civilian" on est finalement assez transparent et hormis pour demander une pièce ou une cigarette, les pauvres diables qui zonent sur le trottoir sont assez indifférents.
Mais c'est une vision d'une incroyable tristesse que de traverser cette zone, de voir tous ces visages marqués, ces regards vides, cette pauvreté et misère absolue...surtout à quelques pâtés de maisons seulement du centre de la ville, des quartiers plus riches et commerçants.


D'après les études de la ville, le nombre de SDF qui dorment dehors a augmenté de 300-600 à 500-1200 par nuit depuis 2001...

La ville de Vancouver a mis en place un plan d'action pour essayer de réduire, voire même de supprimer les nombre de personne dormant dans la rue d'ici 10 ans, et il s'agit bien de trouver des solutions pour offrir de l'emploi, des logements abordables pour tous, et un soutien social à la population qui en a besoin, et pas juste d'envoyer les SDF hors de la ville, comme cela avait été évoqué - plus ou moins sérieusement - pendant les J.O.



Mais en attendant que la misère de Downtown Eastside soit éradiquée par les "powers that be", l'association Hope in Shadows a de son côté crée une initiative positive pour revaloriser le quartier:
Créée autour d'un concours de photographie, l'association propose chaque année aux gens du quartier de photographier leur environnement et d'offrir ainsi leur propre point de vue et vision du quartier. Parmi toutes les photos prises grâce à des appareils jetables noir et blanc, 12 clichés sont sélectionnés pour être imprimés dans le calendrier annuel et exposés à travers la province. Ce calendrier est ensuite lui-même vendu dans les rues de Downtown Eastside par des SDF ou des personnes à faible revenus.
En 2009 le calendrier s'est vendu à 13300 exemplaires...50% pour des ventes de ces photos, en calendrier ou seule, reviennent au photographe....





Comme vous l'aurez compris, toutes les photos postées sur ce blog sont la propriété de Hope in Shadows....